Chez notre médecin, à la pharmacie, en circulation…, nous avons déjà tous vu ce même symbole qu’est le caducée. Comme nous, vous vous demandez aussi ce à quoi pourrait bien servir ce symbole pourtant insignifiant généralement utilisé par le personnel médical et paramédical. Dans cet article, nous répondrons à cette problématique en remontant d’abord aux origines (le symbolisme du caducée) avant d’en venir à l’usage qu’on en fait concrètement de nos jours.

Le symbolisme du caducée

Le caducée fait partie des attributs du dieu Hermès, dans la mythologie grecque. Il est représenté par un bâton surmonté de deux ailes, et autour duquel s’enroulent deux serpents. Il sert à guérir les morsures de serpents ; c’est d’ailleurs la raison pour laquelle il en est orné. De nombreuses personnes aujourd’hui confondent à tort le caducée (emblème de la profession médicale) avec le bâton d’Esculape, emblème des pharmaciens autour duquel est enroulé un seul serpent.

Comme vous le constatez donc, c’est un symbole qui date de très longtemps. À l’origine, le support autour duquel s’enroulent les deux serpents est soit un bâton de laurier ou un bâton d’olivier, symbolisant le bâton de vie.

Mais, pourquoi associe-t-on le caducée d’Hermès à la médecine ?

À en croire nos sources, cette association serait due à un éditeur de bouquins médicaux. C’est en fait lui qui aurait apposé ce symbole sur ses ouvrages, non pas en symbole de médecine, mais comme symbole des imprimeurs. C’était donc en réalité le symbole des éditeurs ; le caducée d’Hermès étant en effet devenu au cours des siècles le symbole des imprimeurs et des commerçants.

Le caducée, aujourd’hui un insigne de tolérance en matière de stationnement

De nos jours, le caducée est utilisé comme une marque distinctive. Disponible sur label-blouse.net, il permet au personnel médical et paramédical encore en exercice de bénéficier de tolérance en matière de stationnement. Ceci ne veut pas dire qu’il s’agit d’un passe-droit, car aucune loi ne garantit au corps médical une impunité en matière de stationnement illicite, même en cas d’urgence médicale.
En effet, la circulaire du 26 janvier 1995, publiée dans le Bulletin officiel du ministère de l’Intérieur n° 95/1 page 728-729, précise bien que : « Les véhicules des médecins arborant le caducée, ou ceux des sages-femmes arborant leur insigne professionnel, pourront bénéficier de mesures de tolérance en matière de stationnement irrégulier dès lors que leurs propriétaires sont appelés à exercer leurs activités professionnelles au domicile de leurs patients, ou à proximité de leur domicile en cas d’astreinte et essentiellement pour satisfaire à leurs obligations, en cas d’urgence ». Il n’est donc mentionné nulle part que cela était un passe-droit.

Une tolérance certes, mais avec ses limites

Cette tolérance accordée au corps soignant n’est pas valable dans tous les cas de figure ; elle a bien des limites. En effet, il est indiqué dans la circulaire de 95 que : « ces stationnements irréguliers ne doivent pour autant pas être de nature à gêner exagérément la circulation générale ou constituer un danger pour les autres usagers, notamment les piétons. »

Vous vous demandez certainement si l’on peut, le temps d’une visite, occuper une place de livraison ou encore empiéter ne serait-ce légèrement sur un passage piéton. Comme vous le voyez, le texte n’est pas allé dans les détails. Il revient donc aux agents de police d’apprécier. Ce vague juridique, bien sûr, est source de confusion pour les agents de santé, notamment du fait que la politique peut varier d’une ville à une autre. Si dans certaines communes on essaie de s’imprégner de l’esprit du texte, ce n’est pas le cas partout. En effet, il est de ces verbalisateurs qui, considérant que les règles en matière de stationnement valent pour tous, choisissent d’appliquer la tolérance zéro à l’égard des professionnels de la santé.

Des mesures pour vaincre le flou juridique ?

Certaines municipalités, dans le but de mettre fin au flou juridique autour du caducée, ont pris des dispositions astucieuses, notamment la proposition des cartes de stationnement prépayées. Dans la capitale française par exemple, il a été signé un partenariat entre la préfecture et le conseil départemental de l’Ordre pour tirer au clair la situation. En effet, les médecins sont autorisés de stationnement dans les zones payantes, si et seulement s’ils s’acquittent de la première tranche horaire de stationnement (avec bien sûr le caducée apposé sur le pare-brise, bien visible). De même, ils peuvent, avec leur « vignette d’urgence », garer leur véhicule sur les zones de livraison, le temps d’une visite, à condition d’afficher le ticket horodateur de la première tranche horaire. La liste des médecins concernés est transmise à la préfecture de la police qui procède, elle, aux vérifications.

N’hésitez pas à vous rapprocher de la mairie de votre commune pour vous renseigner, car d’autres villes ont aussi adopté des dispositions plus ou moins similaires.

Des précautions pour rester dans les normes

Pour ne pas tomber dans les mailles de la police, vous devez toujours apposer votre caducée sur le pare-brise de votre véhicule. Aussi, étant strictement personnel, vous devez être en mesure de présenter votre carte professionnelle, une attestation ou une copie de votre diplôme à la demande des agents verbalisateurs. Par ailleurs, soulignons que le caducée est exclusivement réservé à un usage professionnel. Ceci voudra dire qu’il doit être retiré de la voiture lorsque cette dernière est utilisée dans un cadre privé.

Mais, cela marche-t-il vraiment ?

Les avis publiés sur internet varient d’un médecin à un autre. Le moins qu’on puisse retenir est que l’intérêt du caducée contre les PV est loin de faire l’unanimité. « Dans ma ville, la consigne est claire : ne pas mettre de PV aux caducées médicaux » raconte un médecin généraliste. Par contre, pour cet autre internaute, « le caducée est simplement inefficace ».

Interrogé sur le fait en 2011, le Dr Michel Bachelet déclare qu’il a même l’impression que la présence du caducée met en colère les policiers municipaux. Il va même plus loin en ajoutant que « certains confrères préfèrent d’ailleurs ne plus s’en servir ! »

En cas de PV, que faire ?

Les médecins, en cas de PV, peuvent formuler un recours par voie légale classique. Il sera question pour eux de rappeler les termes de la circulaire de 1995 et d’expliciter les motifs justifiant leur intervention. En 2010, alors que la question lui a été adressée par un député, le ministre de l’Intérieur rappelait lui-même aux médecins cette possibilité de contestation :

« Malgré l’apposition d’un caducée sur le pare-brise du véhicule, l’agent verbalisateur, en l’absence du praticien, ne peut pas toujours, au moment de la constatation de l’infraction, obtenir la preuve que le véhicule est utilisé à des fins exclusivement professionnelles. Il appartient alors au requérant, conformément aux instructions figurant au verso de la carte de paiement de la contravention remise, d’adresser à l’unité verbalisatrice une lettre dûment motivée, accompagnée de la carte de paiement complétée et de l’avis de contravention. »

Par ailleurs, les médecins peuvent aussi dans ces circonstances en appeler à leur conseil de l’ordre départemental. Mais, là aussi, les consignes peuvent varier, et le médecin pourrait éventuellement se voir livrer à lui-même.

La loi qui ne vient pas

Une loi est attendue depuis longtemps pour clarifier la situation. Mais jusque-là, le législateur, invoquant des questions de droit constitutionnel, se refuse à accorder un passe-droit aux professionnels de la santé. Cela, malgré la volonté de ne pas s’ériger en obstacle à la pratique des soins à domicile. Le sujet, il faut le préciser, revient régulièrement au Parlement sous forme de questions adressées au gouvernement : lire cette question posée au Sénat en 1997.

Retenons pour finir que l’histoire du caducée est vue et interprétée par chacun selon bien sûr ce qui lui a été raconté. Ce récit, c’est clair, vous en trouverez plusieurs versions. Mais, au-delà du symbolisme, l’important est qu’il illustre finalement des valeurs communes d’une profession au service de tous. Et son utilisation aujourd’hui comme insigne de stationnement par les médecins, loin d’être une mauvaise chose, reste néanmoins à recadrer, à mieux réglementer afin de faire de la lumière sur ce qui jusque-là ne reste pas moins obscur.

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