Lorsque Thomas est né ce 16 janvier 2009, pétillant de santé, la sage-femme s’est vite rendu compte que quelque chose clochait. Il ne lui faudra que quelques minutes pour poser son diagnostic : un hypospadias, une malformation bénigne qui se traduit par l’ouverture de l’urètre sur la face inférieure de la verge. « Ce problème est de plus en plus fréquent, explique-t-elle d’emblée aux parents. C’est sans doute à cause de l’eau du robinet qui contient des résidus d’œstrogènes liés à la pilule contraceptive… » La mère, qui avait pris soin de ne manger que bio pendant sa grossesse, revoit alors avec effroi les litres de tisane à l’eau du robinet qu’elle a avalés. « Il est difficile d’évaluer de manière précise les pathologies réellement attribuables à l’eau dans la mesure où la part d’exposition liée à l’eau d’alimentation est souvent limitée et estimée à 10 % des apports totaux pour de nombreuses substances chimiques », tempère la Direction générale de la Santé. « L’eau de consommation est devenue l’objet de tous les fantasmes », renchérit Catherine Gourlay, chercheuse en écotoxicologie au CEMAGREF. « Les perturbateurs endocriniens se trouvent aussi dans les pesticides, les plastiques, les cosmétiques, les teintures chimiques, les produits contenant des retardateurs de flamme. Attention à ne pas diaboliser l’eau de consommation! »
Fiel ou hydromel ?
Remettre en cause l’eau du robinet ? Manifestement, dans l’opinion publique on n’en est pas là. L’eau qui, chaque jour, jaillit dans notre évier a plutôt bonne presse. Selon le dernier baromètre Sofres-CIEau, 77 % des Français sont satisfaits de l’eau qui leur est fournie, 71 % la trouvent bonne et 81 % estiment qu’elle est sûre (soit une progression de 15 % par rapport à 1996, date de la première étude du genre). Preuve qu’ils lui font confiance, ils sont de plus en plus nombreux à la préférer à l’eau en bouteille. En 2009, 67 % des Français déclarent boire de l’eau du robinet au moins une fois par semaine, alors qu’ils n’étaient que 60 % dans ce cas en 2007.
Sous nos climats, grâce aux traitements performants de l’eau, les épidémies hydriques sont bel et bien terminées. Voilà plus d’une centaine d’années que la typhoïde et le choléra ont été rayés de nos départements. Selon le ministère de la Santé, aujourd’hui les risques microbiologiques se résument à des cas de gastro-entérites isolés : « La proportion de la population alimentée par de l’eau non conforme aux paramètres microbiologiques a diminué de 1,3 % entre 2003 (5,1 %) et 2008 (3,8 %). » On veut bien applaudir des deux mains, mais Quelle Santé ne serait pas Quelle Santé si on se contentait de gober tout ce qu’on veut nous faire croire. Plongeons en eaux profondes…





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